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Rencontre avec Céline, 18 ans.

 

Comment ça a commencé ?

Tout a commencé quand j'étais en 5ème primaire. Je suis arrivée dans une classe où il y avait un garçon qui n'avait pas bonne réputation et était considéré comme un élément perturbateur. Il s'en prenait déjà à d'autres filles avec ses copains. Malheureusement, il a décidé de s'en prendre plus particulièrement à moi. Chaque jour, il me répétait "T'es moche". Puis c'est devenu "T'es conne, t'es chiante". Je culpabilisais et je commençais presque à y croire. J'étais triste et pas bien mais je n'ai rien dit pendant toute l'année. Quand je suis rentrée en 6ème, je me suis rendue compte que j'étais à nouveau dans leur classe et que les mêmes remarques se répétaient. Cela m'a vraiment touchée. J'en ai alors parlé à mes parents et ma mère est intervenue: elle est allée voir le prof et, par la suite, la direction. Il y a eu une réunion de classe où le prof a parlé de manière globale à tout le monde, mais ce n'était pas suffisant et le garçon en question n'a pas compris qu'il était visé ni qu'il devait changer de comportement. Comme j'étais toujours sa cible, mes parents ont dû parler avec ses parents. Les choses se sont apaisées mais je suis restée à l’écart, me sentant rejetée.

 

Comment cela s’est-il passé, une fois rentrée en secondaire ?

Je suis restée dans la même école mais il y a eu près d'une centaine de nouveaux élèves d'un coup. C'était un public plus élitiste, plus prétentieux. J'ai été très vite rabaissée parce que je ne portais pas de vêtements de marques, parce que j'étais plus timide, sensible, et encore sous le coup de ce que j'avais vécu les deux années précédentes: j'avais plus de mal à aller vers les autres et tendance à rester uniquement avec mes copines. J'étais à nouveau la tête de turc des autres. Je subissais les regards et des remarques comme "pas jolie", "bête", "méchante", "idiote". Je ne savais pas du tout comment réagir. Parfois je répondais, mais ils voyaient que ça me touchait quand même. J'essayais de me convaincre que ce n'étaient "que des remarques".

Le plus dur est que cela ne venait pas d'une personne en particulier mais de tout le monde! Comment pouvoir donc dénoncer "tout le monde" en même temps?

J'ai commencé à me mutiler, à me trouver moche. C'est comme si, finalement, je "méritais" tout cela,  comme si c'était "normal". Je ne m'aimais pas.

Deux ans sont à nouveau passés sans que je ne dise rien. Puis mes amies ont changé d'école. Je me suis retrouvée vraiment seule. J'ai décidé de changer de look, changer de tête, j'ai cherché refuge dans un autre style, passant même par le style gothique. En 3ème, j'ai eu un groupe d'amis, des garçons, ce qui a permis que l'on m'embête moins. Puis en 4ème, je me suis retrouvée à nouveau seule, dans une autre classe. Je me suis encore plus renfermée. Je ne suivais plus trop les cours, j'étais vraiment au plus mal. J'ai reçu les pires insultes. Je suis devenue anémique donc plus fatiguée, plus isolée, plus absente. Quand je m'asseyais dans la cour, on me lançait même des cailloux, des déchets. Les éducateurs ne semblaient rien voir. J'ai raté mon année.

 

Quand le harcèlement a-t-il vraiment cessé ?

En sortant avec mon copain,  j'ai repris confiance en moi et tout comme lorsque j'avais eu des amis garçons, on a commencé à moins m'ennuyer. Ensuite, j'ai changé d'école et j'ai raconté mon histoire. Les gens étaient choqués et leur réaction m'a permis de comprendre réellement ce que j'avais vécu. J'ai compris que ce n'était pas normal, j'ai compris toute ma souffrance et mon mal-être. C'est comme si j'avais seulement vraiment réalisé. Et le contrecoup a été terrible. J'ai tout relâché. J'ai fait des tentatives de suicide. J'ai été suivie par une psychologue et cela m'a énormément aidée. C'est à ce moment-là aussi que ma famille s'est vraiment rendue compte de ce que j'avais encore subi.

 

Qu’en gardes-tu aujourd’hui ?

J'essaie d'en tirer une certaine force. Je ne souhaite pas de vengeance, je ne peux en vouloir à une seule personne. Je ressens de la colère envers la direction, l'école et les adultes qui n'ont pas réagi. Je me rends compte que beaucoup ont changé, que les harceleurs considèrent ce qu'ils ont fait comme des "jeux d'enfants", que c'était "pour rire". Au final, ils ne sont pas meilleurs que les autres comme ils voulaient le faire croire; ce sont des personnes comme tout le monde, avec leurs défauts, leurs soucis. Je veux trouver du positif dans cette expérience. Je suis devenue plus forte, moins naïve. Je sais comment réagir si ça doit se reproduire un jour et peut-être que je pourrai aider d'autres jeunes victimes du harcèlement à l'école.

 

Des aides possibles, plus d’infos :

Chaque témoignage est différent; si tu es témoin ou victime d'harcèlement, parles-en! Retrouve les aides et les pistes dans notre billet Infor Jeunes sur le harcèlement scolaire du 9 septembre 2016 : http://www.infor-jeunes.be/site/billets-infor-jeunes-486-Le+harc%26egrave%3Blement+scolaire